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Friday, September 20, 2019

La notion de pouvoir

La notion de pouvoir Anthropologie politique :La notion de pouvoir Janvier 2010 Lanthropologie politique est une discipline rà ©cente qui sest dà ©veloppà ©e rà ©ellement à   partir des annà ©es 1920, mais qui tire son essence des prà ©occupations de la philosophie politique du XVIIIà ¨me sià ¨cle. En effet, cette discipline dont le projet est de fonder une science du politique, analyse la rà ©partition et lorganisation du pouvoir et des phà ©nomà ¨nes politiques qui permettent de dà ©gager une perspective commune au delà   de la diversità © culturelle. Plusieurs philosophes sont à   lorigine des prà ©occupations fondamentales de lanalyse et de la comprà ©hension des phà ©nomà ¨nes de pouvoirs politiques. Ainsi, Montesquieu, La Boà ©tie, Rousseau ou encore F. Engels et K. Marx se sont penchà ©s sur les rapports que les dominants avait à   là ©gard des dominà ©s. Cette relation de domination apparaà ®t comme un phà ©nomà ¨ne inhà ©rent au pouvoir politique institutionnel. Cependant, avec les premiers anthropologues, cest une nouvelle forme de pouvoir politique qui est valorisà ©e. Par exemple, ces à ©tudes rà ©và ¨lent lexistence de rapport de pouvoir en dehors des relations institutionnalisà ©es, inhà ©rent à   linconscient des collectività ©s, comme le sacrà © et les relations dà ©change de don, qui participent au pouvoir politique. La notion du pouvoir est lun des sujets de prà ©dilection de lanthropologie politique. LAnthropologie politique est, à   cet à ©gard, là ©tude de lorganisation et des structures politiques (au sens aristotà ©licien) au travers de leur diversità ©. Il sagit dà ¨s lors de distinguer les mà ©canismes du pouvoir ainsi que son exercice, lorganisation symbolique, consciente ou inconsciente. Doà ¹ le problà ¨me : comment en Anthropologie politique, selon les diffà ©rentes enquà ªtes ethnographiques, le pouvoir peut-il se manifester en dehors du cadre institutionnel? Cest pourquoi il est important de revenir sur les formes de pouvoirs en politique, pour comprendre par la suite lapproche minimaliste puis maximaliste. I- Les diffà ©rentes formes du pouvoir, une rà ©flexion qui cristallise lintà ©rà ªt des anthropologues politistes Tout dabord, il est important de distinguer les diffà ©rentes composantes qui organisent le pouvoir : centralisation, concentration des pouvoirs, recrutement de gouvernants, le cadre du contrat social instruit par la loi et les sanctions lors des dà ©rives individuelles. Centralisation ou dà ©centralisation de lautorità © qui peut à ªtre dà ©composà ©e en diffà ©rents segments (lignage, villages). Chez les Lobi par exemple, il ny a pas de pouvoir central, mais chaque village constitue une entità © centralisà ©e. Cette autorità © peut mà ªme sà ©tendre au-delà   du cadre territorial dans le cadre dethnies dispersà ©es comme par exemple chez les LAlemany du Fouta Djalon qui possà ¨de une autorità © morale sur tous les Peuls. Montesquieu relevait dans lEsprit des Lois, la concentration ou dispersion du pouvoir. En effet, cette notion de sà ©paration ou non des trois pouvoirs lexà ©cutif, du là ©gislatif, du judiciaire – engendre une typologie de rà ©gime. Ainsi, plus les pouvoirs sont concentrà ©s, plus le rà ©gime est tyrannique. Ainsi, dans les socià ©tà ©s traditionnelles le chef dispose à   la fois du pouvoir exà ©cutif et juridiciaire. Chez les Nuer, cest  « lhomme à   peau de Là ©opard  » qui est chargà © de rà ©soudre les conflits. La domination du pouvoir peut à ªtre là ©gitimà ©e par la transmission du pouvoir hà ©rà ©ditaire, à ©lection, dà ©volution, dà ©signation. L. de Heusch explique dans son ouvrage Du pouvoir. Anthropologie politique des socià ©tà ©s dAfrique centrale, que dans la zone tetela-hamba au Congo, socià ©tà © à   lignages patrilinà ©aires, pour devenir chef de lignage les aspirants doivent faire valoir le bien-fondà © de leurs prà ©tentions, en pratiquant des dilapidations festives et des distributions de cadeaux que lauteur nhà ©site pas à   mettre dans la mà ªme catà ©gorie que le potlatch. Les lois qui rà ©gissent nimporte quel systà ¨me politique ont pour fonction dassurer la stabilità © de la socià ©tà © en question. Par contre, elle peut aussi crà ©er des fossà ©s entre les diffà ©rentes couches de ladite socià ©tà ©, rà ©sultant en un sentiment de coercition, de contrainte. Donc le pouvoir contient un paradoxe bien à ©vident car  « il apparaà ®t, à   la fois, comme nà ©cessità © et comme danger  »; cest cette ambigà ¼ità © concernant la notion de pouvoir que G. Balandier appelle une dissymà ©trie dans les rapports sociaux. Autrement dit, là ©lite au pouvoir se reproduit dans les hautes classes. Chaque systà ¨me politique, dans la mesure oà ¹ il est là ©gitime et que la loi est connue de tous, comporte un certain nombre de contraintes afin de prà ©server un à ©quilibre en place ; il peut sagir de violence là ©gitime au sein de lEtat, de violence corporelle ou morale dans les socià ©tà ©s traditionnelles. II- Là ©mergence de lEtat ou linstitutionnalisation du pouvoir Lapproche minimaliste considà ¨re quune gestion primitive dune socià ©tà © ne serait pas une forme de gouvernement. Il existe trois crità ¨res selon les politologues qui caractà ©risent un Etat et permettent de dà ©limiter le champs politique : un territoire dà ©limità © par des frontià ¨re reconnues, le consentement des populations qui y vivent et enfin lexistence de structures organiques fondant lunità © politique. Il apparaà ®t à ©vident que le flou sà ©mantique quant aux crità ¨res caractà ©risant un Etat, prà ©sente ses limites pour les anthropologues. Ainsi, pour Balandier il est possible de confondre lEtat avec un groupe local (chefferie). Pour finir, selon M. Weber lEtat est le seul instrument de domination, qui dispose dun appareil coercitif pour orienter toute action sociale, et est lià © aux socià ©tà ©s modernes et à   la rationalisation. LEtat dispose du monopole là ©gitime de la violence. En revanche, P. Clastres qui a à ©tudià © à   partir des socià ©tà ©s amà ©rindiennes les groupes qui contrà ´lent le pouvoir soppose à   cette conception rà ©ductrice du pouvoir. Dans toutes les socià ©tà ©s, il y a du politique ; cet exercice du politique nest pas automatiquement lià © à   lexercice de la violence là ©gitime et à   la coercition. III- Lexistence dun pouvoir comme un  « fait social total  » Le pouvoir politique nest pas nà ©cessairement institutionnalisà ©. Il peut sexprimer à   travers dautres formes inhà ©rentes à   linconscient collectif.  « Il ny a pas de socià ©tà © sans gouvernement  », cest par cette phrase prononcà ©e par L. de Bonald que lon peut rà ©sumer la pensà ©e des maximalistes. Autrement dit, toutes les structures participant à   la direction dune socià ©tà © concourent au politique. A cet à ©gard, il semble important dapprà ©hender les phà ©nomà ¨nes de la Kula et du Potlatch comme expression du politique puis de comprendre limbrication du sacrà © dans le cadre du pouvoir politique pour illustrer nos propos. Dune part, le phà ©nomà ¨ne dà ©changes de biens prà ©cieux, lors du Potlatch et de la Kula, rà ©và ©là © par F. Boas et B. Malinowski mettent en à ©vidence limbrication à ©conomique et politique dans les socià ©tà ©s du nord au sud : les Tlingit, les Tsimshian, les Haida, les Bella Cola, les Kwakiutl, les Nootka, les Salish – dans un fait social total selon M. Mauss. Cette pratique ritualisà ©e et cà ©rà ©monielle de don, ne vise pas à   donner pour donner mais à   donner pour dominer et/ou recevoir en retour. Ce nest donc pas un don de gà ©nà ©rosità ©, mais un don de rà ©ciprocità ©, qui en outre comporte souvent un aspect de dà ©fi. Il enclenche ou perpà ©tue la dialectique du don et du contre-don. Le potlatch et la kula ne jouent pas sur des biens de subsistance mais sur les biens prà ©cieux. Ils constituent des stratà ©gies sociales, plus ou moins paroxystiques, qui visent à   fabriquer du prestige, et donc de la diffà ©renciation sociale. Dautre part, grà ¢ce sa capacità © à   transcender lHomme, et donc lautorità © du chef et de lEtat, le sacrà © a inà ©vitablement entretenu des tantà ´ts conflictuels des tantà ´ts pacifistes au pouvoir politique. Ainsi, Frazer sest intà ©ressà © au pouvoir de la royautà © sacrà ©e dans le rameau dor. Dans les socià ©tà ©s à   pouvoir centralisà © et quand le sacrà © est la source du pouvoir du roi, on assiste à   toutes une sà ©rie de rituels pour lintronisation dun nouveau roi pour marquer son pouvoir et rà ©organiser le politique. Ainsi, chez les Nkumu, les dà ©tenteurs du pouvoir sont investi du pouvoir sacrà ©, lekopo. De plus, Selon Aronoff ,  « Le religieux et le politique sont des domaines lià ©s depuis le dà ©but de lhumanità © de ses cultures et de ses civilisations  ». Dans les socià ©tà ©s acà ©phales il nexiste pas de frontià ¨res nettes entre les sphà ¨res politiques, à ©conomique, religieuse, parentà ©. Il sagit, en effet, dun ensemble composant le social. Ainsi, le religieux fait son apparition dans le politique à ©galement dans des socià ©tà ©s à   Etat et/ou Laà ¯que (Irlande oà ¹ le conflit religieux est en corrà ©lation avec lordre politique). Il nest pas inutile de rappeler quun gouvernement peut dà ©river directement du religieux (thà ©ocratie), que le sacrà © peut devenir des outils pour là ©gitimer le pouvoir du souverain ou du groupe dominant. De mà ªme, la religion peut à ©galement fournir des structures sous jacente manipulable par les dà ©tenteurs du pouvoir. Enfin, Evans-Pritchard dà ©veloppe une analyse des relations et des institutions au sein de peuple, en apparence, dà ©pourvu de gouvernement tout en rà ©pondant aux exigences comparatistes et thà ©oriques. Parallà ¨lement il propose une à ©bauche typologique et contribue à   donner un và ©ritable statut scientifique. Par ailleurs E.E. Evans-Pritchard dà ©veloppe son analyse en mettant en relation le politique avec là ©conomique, le culturel et le religieux ; intà ©rà ªt fondamental dans des socià ©tà ©s oà ¹ tout est à ©troitement imbriquà © (dà ©marche fonctionnaliste). En conclusion, lhistoire de lanthropologie tant à   dà ©montrer que la politique est le synonyme et le frà ¨re jumeau du pouvoir. Le pouvoir politique nest pas seulement un contrat social mais il est aussi un rapport de force consistant en un à ©quilibre fragile. Les concepts de là ©gitimità ©, de pouvoir et de coercition restent des notions incontournables en anthropologie politique mais celui de pouvoir a prà ©sà ©ance sur les autres. Peu importe la socià ©tà ©, sa stabilità © est basà ©e sur un à ©quilibre approximatif et le pouvoir doit jouer le rà ´le de stabilisateur pour protà ©ger la socià ©tà © contre ses propres dà ©faillances soit par la force, soit par des ententes tout en restant fidà ¨le à   ses principes vitaux assurant sa survie. Ce domaine nà ©cessaire au politologue permet de dà ©centrer le regard au-delà   des conceptions classiques concernant cette notion. Il est intà ©ressant de finir par lutilisation de la dà ©marche à ©pistà ©mologique, dans les sciences politiques, relative à   des aspirations ethnographiques en citant un article paru dans la Revue Franà §aise de science politique. En effet, lauteur, Olivier IHL revient sur les formes et usages dune technique de vote : lurne à ©lectorale. Ainsi, il dà ©finit la scà ©nographie relative au vote et la mise en scà ¨ne qui sorganise autour de lurne à ©lectorale ainsi que la sacralisation de cet outil cher à   lexercice de la dà ©mocratie. Ce qui nest pas sans rappeler G. Balandier qui dans son ouvrage anthropologie politique revient sur la sacralità © du politique en à ©nonà §ant cette phrase :  « le rapport du pouvoir à   la socià ©tà © est essentiellement une relation chargà ©e de sacralità ©  »

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